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Histoire de l'art des jardins

Le riad, archétype du jardin clos

Du paradis perse au patio de Fès : une généalogie du jardin que l'on habite par le centre.

Fig. 1
Plan-type d'un chahar bagh : quatre parterres, deux veines d'eau, une vasque centrale.

Le mot persan pairidaeza — un enclos, une enceinte — a traversé les langues pour devenir notre « paradis ». Le jardin d'Orient ne s'ouvre pas sur l'horizon : il se referme sur lui-même, et c'est dans cette clôture qu'il trouve son immensité. Le riad marocain en est l'héritier le plus pur.

Sa géométrie est immuable : deux axes d'eau se croisent, partageant le sol en quatre parterres — le chahar bagh, le jardin quadripartite. Au centre, une vasque. Autour, des murs qui montent assez haut pour effacer la ville et ne garder que le ciel. Le visiteur n'embrasse jamais le jardin d'un seul regard ; il le découvre en marchant, fragment après fragment.

Cour intérieure d'un riad marocain — axe d'eau, bassin central et végétation Cour intérieure · Marrakech
Cour intérieure, riad marocain — L'axe d'eau, le bassin central et la végétation ordonnent l'espace autour du vide habité. Photo · Unsplash

Habiter par le centre

Là où le jardin occidental classique organise des perspectives pour le regard, le riad organise des fraîcheurs pour le corps. L'ombre des galeries, l'humidité montant du bassin, le parfum des orangers : tout converge vers le centre habité. On ne contemple pas le riad depuis un belvédère — on s'y assied, et on laisse la journée tourner autour de soi.

Le riad n'imite pas la nature : il en propose une version corrigée, où l'eau ne manque jamais et où l'ombre est toujours là où on l'attend.
Vasque octogonale en zellige vert — fontaine centrale du riad Vasque centrale · Riad traditionnel
Vasque octogonale en zellige — La fontaine centrale rythme le silence du patio et rafraîchit l'air en toutes saisons. Photo · Unsplash

Comprendre cette filiation, c'est cesser de voir le patio comme une pièce manquante de la maison, et le lire pour ce qu'il est : la pièce la plus importante, simplement dépourvue de toit.

Le chahar bagh — géométrie sacrée

La division quaternaire du jardin islamique n'est pas arbitraire — elle est cosmologique. Les quatre parterres représentent les quatre fleuves du paradis coranique : eau, lait, miel, vin. Les deux axes d'eau matérialisent les quatre directions cardinales. Cette géométrie se retrouve de l'Alhambra de Grenade aux jardins de Marrakech (Jardin Majorelle, Menara, Agdal), en passant par les jardins persans de Chiraz et les tombeaux moghols d'Agra. Au Maroc, la tradition est vivante : le riad contemporain réinterprète le chahar bagh avec des matériaux modernes mais une géométrie intacte.

Ce qui frappe dans cette continuité sur quinze siècles et trois continents, c'est la constance du dispositif spatial. Le centre — vasque ou fontaine — reste le pivot autour duquel s'organise toute la vie du jardin. La symétrie des axes n'est pas un effet esthétique : c'est un programme de distribution de l'eau, de l'ombre et du vent. Concevoir un riad aujourd'hui, c'est s'inscrire dans cette lignée — non par nostalgie, mais parce que le dispositif est irréfutablement efficace.

L'eau dans le riad — hydraulique et symbolique

L'eau du riad n'est pas décorative — elle est fonctionnelle et symbolique. La vasque centrale (sahridj) capte la lumière et projette des reflets sur les murs. La seguia (canal d'irrigation) distribue l'eau gravitairement dans les parterres. Le bruit du filet d'eau couvre les bruits de la médina. Sur le plan thermique, l'évaporation de l'eau refroidit l'air de 2-3°C en été. C'est une climatisation passive qui fonctionne depuis des siècles.

L'eau du riad n'est pas un ornement : c'est un système — thermique, acoustique, symbolique — que des siècles d'expérience ont affiné jusqu'à la perfection.

En paysagisme contemporain, ABA retrouve ces principes dans ses projets : les piscines sont conçues comme des plans d'eau au ras du sol, les fontaines sont alimentées par des systèmes de récupération des eaux pluviales. La technique change ; la logique du dispositif reste identique à celle d'un riad du XIe siècle.

Les plantes du riad — palette historique

La végétation du riad est une palette millénaire conservée avec précision. Chaque plante a une signification dans la culture islamique et une fonction climatique dans le jardin clos :

Ces plantes ne sont pas choisies au hasard. Elles constituent un répertoire vivant transmis par des générations de jardiniers, validé par des siècles de sélection climatique. En travaillant avec cette palette dans nos projets de riads contemporains, nous n'imitons pas le passé — nous utilisons des solutions éprouvées par l'expérience collective de tout un monde culturel.

Galerie à colonnes et moucharabieh d'un riad marocain Galerie & colonnes · Moucharabieh
Galerie à colonnes, moucharabieh — L'architecture du riad dessine l'ombre avant de planter : chaque colonne est un cadran solaire. Photo · Unsplash

Adil Boumahdi

Architecte paysagiste & agronome · ABA

Rabat · Casablanca · Marrakech · Fès

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