Du paradis perse au patio de Fès : une généalogie du jardin que l'on habite par le centre.
Par Salma Othmani21 mai 20269 min de lecture
Fig. 1
Plan-type d'un chahar bagh : quatre parterres, deux veines d'eau, une vasque centrale.
Le mot persan pairidaeza — un enclos, une enceinte — a traversé les langues pour
devenir notre « paradis ». Le jardin d'Orient ne s'ouvre pas sur l'horizon : il se
referme sur lui-même, et c'est dans cette clôture qu'il trouve son immensité. Le riad
marocain en est l'héritier le plus pur.
Sa géométrie est immuable : deux axes d'eau se croisent, partageant le sol en quatre
parterres — le chahar bagh, le jardin quadripartite. Au centre, une vasque. Autour,
des murs qui montent assez haut pour effacer la ville et ne garder que le ciel. Le visiteur
n'embrasse jamais le jardin d'un seul regard ; il le découvre en marchant, fragment
après fragment.
Habiter par le centre
Là où le jardin occidental classique organise des perspectives pour le regard, le riad
organise des fraîcheurs pour le corps. L'ombre des galeries, l'humidité montant du bassin,
le parfum des orangers : tout converge vers le centre habité. On ne contemple pas le
riad depuis un belvédère — on s'y assied, et on laisse la journée tourner autour de soi.
Le riad n'imite pas la nature : il en propose une version corrigée, où l'eau ne manque
jamais et où l'ombre est toujours là où on l'attend.
Comprendre cette filiation, c'est cesser de voir le patio comme une pièce manquante de la
maison, et le lire pour ce qu'il est : la pièce la plus importante, simplement
dépourvue de toit.
The Persian word pairidaeza — an enclosure, a wall — crossed languages to become
our "paradise". The Eastern garden does not open onto the horizon: it closes upon itself,
and it is within that enclosure that it finds its vastness. The Moroccan riad is its
purest heir.
Its geometry is immutable: two axes of water cross, dividing the ground into four
beds — the chahar bagh, the fourfold garden. At the centre, a basin. Around it,
walls high enough to erase the city and keep only the sky. The visitor never takes in the
garden at a glance; he discovers it on foot, fragment after fragment.
Inhabiting from the centre
Where the classical Western garden arranges perspectives for the eye, the riad arranges
coolness for the body. The shade of the galleries, the humidity rising from the basin,
the scent of the orange trees: all converge on the inhabited centre. One does not
contemplate the riad from a belvedere — one sits within it and lets the day turn
around oneself.
The riad does not imitate nature: it offers a corrected version, where water never
runs out and shade is always where it is expected.
To understand this lineage is to stop seeing the patio as a missing room of the house,
and to read it for what it is: the most important room, simply without a roof.
La palabra persa pairidaeza —un recinto, una cerca— atravesó las lenguas hasta
convertirse en nuestro «paraíso». El jardín de Oriente no se abre al horizonte: se cierra
sobre sí mismo, y es en ese cerramiento donde encuentra su inmensidad. El riad marroquí
es su heredero más puro.
Su geometría es inmutable: dos ejes de agua se cruzan y reparten el suelo en cuatro
parterres —el chahar bagh, el jardín cuatripartito. En el centro, una pila.
Alrededor, muros lo bastante altos para borrar la ciudad y conservar solo el cielo. El
visitante nunca abarca el jardín de una sola mirada; lo descubre caminando, fragmento
a fragmento.
Habitar desde el centro
Allí donde el jardín occidental clásico ordena perspectivas para la mirada, el riad
ordena frescuras para el cuerpo. La sombra de las galerías, la humedad que sube del
estanque, el perfume de los naranjos: todo converge en el centro habitado. No se contempla
el riad desde un mirador: uno se sienta en él y deja que el día gire a su alrededor.
El riad no imita la naturaleza: propone una versión corregida, donde el agua nunca
falta y la sombra está siempre donde se la espera.
Comprender esa filiación es dejar de ver el patio como una habitación que le falta a
la casa y leerlo por lo que es: la habitación más importante, sencillamente sin techo.
SO
Salma Othmani
Historienne du paysage, collaboratrice éditoriale ABA
Landscape historian, ABA editorial contributor
Historiadora del paisaje, colaboradora editorial ABA
Fès · Rabat
Et si votre jardin racontait une histoire ?
De la lecture du lieu au dessin, nous ancrons chaque projet dans sa filiation — géographique, culturelle, climatique.
What if your garden told a story?
From reading the site to drawing it, we root each project in its lineage — geographical, cultural, climatic.
¿Y si su jardín contara una historia?
De la lectura del lugar al dibujo, anclamos cada proyecto en su filiación — geográfica, cultural, climática.