Jardin Bab Lamer, Fès — le patrimoine mérinide réenchanté par le paysage
Un jardin public au pied des remparts mérinides de Fès : cinq strates — minéral, végétal, aquatique, patrimoine, botanique remarquable — tissées en un seul récit.
Par Adil Boumahdi
13 juin 2026
12 min de lecture
Bab Lamer — « la porte de la mer » ou « la porte des flots » en arabe — est l'un des portails mérinides du XIVe siècle qui percent les remparts de Fès-Bali. À ses pieds, au contact direct du Parc Mérinide, se tenait un espace résiduel : ni vraiment jardin, ni vraiment esplanade. Quand ADER-FES nous a confié la mission de créer un jardin public contemporain sur ce site de 5 ha, la question n'était pas esthétique. Elle était d'abord archéologique, écologique et patrimoniale : comment faire parler ce lieu sans le trahir ?
Parc Mérinide · Fès-Bali
Parc Mérinide de Fès — Les remparts mérinides du XIVe siècle constituent le cadre patrimonial exceptionnel dans lequel s'inscrit le jardin Bab Lamer. Photo · Unsplash
📷 Nouvelles photos du jardin — prises sur site en juin 2026 — seront intégrées prochainement. Ces visuels de référence seront remplacés par des prises de vue réelles du projet.
Lire le site — cinq strates, un seul récit
Avant de dessiner une seule ligne, nous avons passé plusieurs semaines à lire le site. La topographie d'abord : un terrain en pente douce depuis le pied des remparts vers la ville, traversé par deux lignes de niveau qui dessinent naturellement des paliers. L'ensoleillement ensuite : façade ouest, ombre portée des remparts en fin de journée, chaleur emmagasinée par les pierres. Et puis les arbres — les vieux palmiers, les sujets anciens disséminés sur le site, chacun portant dans ses racines une histoire que le sol se rappelle.
Cette lecture attentive a abouti à une décision fondatrice : le projet ne serait pas un jardin plaqué sur un site, mais un jardin révélé par ce site. Cinq strates ont ainsi émergé naturellement de cette analyse :
Le minéral — pierre de Taza beige, calcaire local du Rif oriental, unificateur de tout l'ensemble.
Le végétal — conservation des arbres existants + nouvelles plantations adaptées au climat semi-aride de Fès.
L'aquatique — cascades en paliers, bassins, musique de l'eau comme couverture acoustique urbaine.
Le patrimoine — motifs mérinides transposés dans les éléments décoratifs, zellige artisanal de Fès.
La botanique remarquable — les arbres centenaires du site, dont un spécimen exceptionnel qui allait devenir la pièce maîtresse du jardin.
Ne rien détruire qui peut être intégré. Ne rien importer qui peut être local. Ces deux règles ont guidé chaque décision de chantier.
La protection et la mise en valeur des arbres existants
Le principe est absolu en paysagisme sérieux : les arbres anciens ne se déplacent pas, ils se protègent et se mettent en valeur. Le plan de masse du jardin s'est donc construit autour des arbres, pas l'inverse. Chaque sujet existant a été cartographié, mesuré, évalué. Les clôtures de protection de chantier ont été posées avant la première pelleteuse.
Les palmiers dattiers (Phoenix dactylifera) méritent une mention particulière. Certains ont été transplantés avec soin — non par caprice, mais pour dégager des perspectives sur les remparts et créer des compositions lisibles depuis les chemins. La transplantation d'un palmier adulte est une opération longue : six mois de préparation, taille de la couronne pour réduire l'évapotranspiration, découpe de la motte au karcher haute pression pour exposer les racines proprement, replantation avec géotextile de protection, puis deux années d'arrosage suivi hebdomadaire. On ne transplante pas un palmier en une journée — on accompagne un arbre dans un déplacement qui dure deux ans.
Pierre de Taza · Muret-banc circulaire
Pierre de Taza beige — le muret-banc circulaire — La pierre de Taza, calcaire local du Rif oriental, encercle les arbres centenaires pour les protéger et les mettre en valeur. Photo · Unsplash
L'arbre emblème — le Vitex agnus-castus centenaire
Je dois parler de cet arbre. Dans vingt ans de pratique paysagère au Maroc, je n'avais jamais rencontré un Vitex agnus-castus — le gattilier — d'une telle taille. C'est habituellement un arbuste méditerranéen de 3 à 5 mètres, cultivé pour sa floraison mauve parfumée de juillet à septembre. Celui de Bab Lamer était un arbre. Un vrai arbre, avec un tronc tordu par les décennies, une ramure ample qui projetait une ombre généreuse, et une présence qui commandait le respect.
Quand j'ai vu cet arbre pour la première fois, j'ai su deux choses instantanément : premièrement, il ne bougerait pas. Deuxièmement, tout le jardin devrait se construire autour de lui.
Le Vitex agnus-castus n'est pas seulement une curiosité botanique. C'est un arbre chargé de sens dans la culture méditerranéenne et arabe — l'« arbre de la chasteté », présent depuis des siècles dans les jardins arabes médiévaux, apprécié des apiculteurs pour son caractère mellifère, aux feuilles palmées aromatiques qui dégagent un parfum épicé quand on les froisse. Trouver un tel spécimen, centenaire, dans un contexte urbain marocain, relevait de la providence.
La solution paysagère s'est imposée avec évidence : un muret-banc circulaire en pierre de Taza beige encercle le Vitex à distance respectueuse. Ce dispositif fait trois choses à la fois — il protège les racines de toute compaction, il offre des assises aux visiteurs, et il signal l'arbre dans l'espace comme une pièce maîtresse. L'arbre est ainsi à la fois protégé, mis en valeur, et rendu habitable. Les promeneurs viennent s'asseoir à l'ombre du gattilier en juillet pour sa floraison — une nuée de fleurs mauves et parfumées qui transforme le banc circulaire en salon extérieur.
Un arbre centenaire dans un jardin public, c'est une infrastructure. On n'aménage pas autour — on s'y soumet, et on cherche comment le servir.
Le minéral — Pierre de Taza et motifs mérinides
La pierre de Taza est un calcaire local extrait dans le Rif oriental, à 80 kilomètres à peine de Fès. Sa teinte ocre-dorée, sa texture granuleuse, sa capacité à se patiner avec grâce au fil des saisons en font le matériau parfait pour un jardin patrimonial à Fès. Nous avons fait le choix radical d'utiliser un seul matériau dominant pour l'ensemble des ouvrages — murets, bancs, bordures, escaliers, emmarchements. Cette cohérence matérielle unifie visuellement un jardin de 5 ha qui aurait pu sembler disparate.
Les motifs mérinides ont été transposés dans les éléments décoratifs avec le même soin qu'un orfèvre. Les arabesques et entrelacs géométriques du patrimoine mérinide de Fès ne sont pas des citations superficielles — ils sont une langue que ce lieu parle depuis sept siècles. Nous avons travaillé avec des maâlems zelliges de la médina de Fès pour intégrer des carreaux artisanaux aux couleurs historiques du jardin de Bab Lamer : bleu cobalt, vert émeraude, blanc nacré. Ces motifs apparaissent dans les parements des cascades, les fontaines, les margelles de bassins — partout où la pierre rencontre l'eau.
Cascade · Zellige artisanal de Fès
Cascade et zellige — Les carreaux artisanaux de Fès (bleu cobalt, vert émeraude, blanc nacré) habillent les parements des cascades en paliers, perpétuant les motifs mérinides dans un cadre contemporain. Photo · Unsplash
Les lanternes méritent également leur mention. Fabriquées par des maâlems de la médina de Fès dans leurs ateliers de ferblanterie-cuivre, elles reprennent les motifs géométriques mérinides en cuivre ouvragé. Le soir, quand elles s'allument, elles projettent sur les murs et les allées ces mêmes entrelacs en lumière — le jardin de jour dialogue avec l'histoire, le jardin de nuit la prolonge en ombre.
L'eau — cascades, reflets et musique
Le terrain de Bab Lamer descend naturellement depuis le pied des remparts vers la ville. Cette topographie est un don — elle permet d'organiser le système hydraulique par gravité, sans pompe principale pour les cascades elles-mêmes. L'eau tombe en paliers successifs, d'un niveau à l'autre, avec un débit calculé pour produire un bruit d'eau audible à 15 mètres mais non envahissant. C'est un calcul acoustique autant qu'hydraulique : la nappe sonore des cascades doit couvrir le bruit de fond urbain sans dominer une conversation.
Les bassins centraux ont été construits en béton armé hydrofuge, revêtus d'un mortier de tuileau (chaux + poudre de brique — la technique des hammams marocains depuis le XIe siècle) puis habillés de zellige artisanal de Fès. Les parois des bassins sont en zellige bleu nuit — une teinte proche du bleu de minuit — pour maximiser l'effet miroir en basse lumière. Au crépuscule, quand les lanternes en cuivre s'allument, la surface des bassins devient un ciel inversé qui double l'espace.
L'eau dans un jardin public n'est pas un ornement — c'est un service. Elle rafraîchit, elle couvre le bruit urbain, elle rassemble les gens autour d'elle.
Le végétal — composition par strates
La palette végétale du jardin Bab Lamer a été définie selon un principe unique : 100% adaptée au climat de Fès. Fès est une ville continentale semi-aride : -2°C en janvier, 40°C en juillet, précipitations concentrées sur cinq mois. Une palette végétale qui exige des arrosages intensifs en été dans ce contexte est une faute professionnelle.
La canopée du jardin repose sur les palmiers dattiers (Phoenix dactylifera) transplantés et conservés in situ, plus le Vitex centenaire. La strate arbustive articule du laurier-rose blanc (Nerium oleander), du rince-bouteille (Callistemon citrinus) et des grenadiers (Punica granatum). La strate herbacée joue sur les graminées — Stipa tenacissima (alfa), Pennisetum setaceum 'Rubrum' — et la lavande dentée (Lavandula dentata). Au sol, la gazanie (Gazania rigens), la ficoïde (Aptenia cordifolia) et des plantes aromatiques locales.
Cette palette est à la fois esthétique, écologique et honnête. Elle dit quelque chose sur Fès, sur son climat, sur ce que l'on peut faire pousser ici sans violence.
Lanternes cuivre · Nuit
Lanternes artisanales en cuivre — Fabriquées par les maâlems de la médina de Fès, les lanternes en cuivre ouvragé reprennent les motifs géométriques mérinides et projettent leurs entrelacs en lumière sur les allées du jardin. Photo · Unsplash
Savoir-faire local — une économie de chantier marocaine
Le jardin Bab Lamer est un projet de territoire autant qu'un projet paysager. Tous les artisans et fournisseurs sont locaux : les maâlems zelliges de la médina de Fès pour les revêtements des bassins et fontaines, les tailleurs de pierre du Rif pour les murets et bancs en pierre de Taza, les charpentiers de la médina pour les pergolas en bois, les ferblantiers-cuivriers de la médina pour les lanternes. La pierre de Taza vient de Taza — 80 kilomètres de Fès, bilan carbone minimal.
Ce n'est pas une posture écologique de communication. C'est une conviction : un jardin public dans la médina de Fès doit être fabriqué par les mains de la médina de Fès. Chaque élément de ce jardin raconte le territoire. Le zellige dit Fès. La pierre de Taza dit le Rif. Les palmiers dattiers disent l'oasis. Et le Vitex centenaire dit l'histoire longue de ce lieu, bien avant que nous n'y posions la première pierre.
Dix-huit mois de chantier, 5 hectares, une équipe de maîtres-artisans, et un arbre qui avait déjà vu passer plusieurs générations de Fassis. Ce jardin n'est pas une création ex nihilo — c'est une conversation avec ce qui existait déjà. La meilleure chose que nous ayons faite, c'est d'avoir su écouter.
Bab Lamer — "the gate of the sea" or "the gate of the waters" in Arabic — is one of the fourteenth-century Merinid portals that pierce the ramparts of Fes-Bali. At its foot, in direct contact with the Merinid Park, lay a residual space: neither truly a garden, nor truly an esplanade. When ADER-FES entrusted us with the mission of creating a contemporary public garden on this 5-hectare site, the question was not aesthetic. It was first archaeological, ecological and heritage-focused: how to make this place speak without betraying it?
Merinid Park · Fes-Bali
Merinid Park of Fez — The fourteenth-century Merinid ramparts form the exceptional heritage setting in which the Bab Lamer garden is inscribed. Photo · Unsplash
📷 New photos of the garden — taken on site in June 2026 — will be integrated shortly. These reference visuals will be replaced by actual photographs of the project.
Reading the site — five strata, one narrative
Before drawing a single line, we spent several weeks reading the site. The topography first: a gently sloping terrain from the foot of the ramparts towards the city, crossed by two contour lines that naturally define terraces. Then the sun exposure: a west-facing aspect, the shadow cast by the ramparts in the late afternoon, the heat stored in the stones. And then the trees — the old date palms, the ancient specimens scattered across the site, each carrying in its roots a history that the soil remembers.
This careful reading led to a founding decision: the project would not be a garden imposed on a site, but a garden revealed by that site. Five strata thus emerged naturally from this analysis:
The mineral — Taza beige stone, local limestone from the Eastern Rif, the unifying element of the whole.
The plant — conservation of existing trees + new plantings adapted to the semi-arid climate of Fez.
The aquatic — stepped cascades, pools, the music of water as urban acoustic cover.
The heritage — Merinid motifs transposed into decorative elements, artisanal zellige from Fez.
The remarkable botanical — the centenary trees on the site, including an exceptional specimen that would become the centrepiece of the garden.
Destroy nothing that can be integrated. Import nothing that can be sourced locally. These two rules guided every decision on site.
The protection and enhancement of existing trees
The principle is absolute in serious landscape practice: ancient trees do not get moved, they are protected and put to good use. The garden's site plan was therefore built around the trees, not the other way around. Every existing specimen was mapped, measured, assessed. The protective fencing was set up before the first excavator arrived.
The date palms (Phoenix dactylifera) deserve a special mention. Some were transplanted with care — not out of whim, but to open up perspectives onto the ramparts and create compositions legible from the paths. Transplanting an adult palm is a long operation: six months of preparation, crown trimming to reduce evapotranspiration, cutting the root ball with a high-pressure karcher to expose the roots cleanly, replanting with protective geotextile, then two years of weekly supervised irrigation. You do not transplant a palm in a day — you accompany a tree through a displacement that lasts two years.
Taza Stone · Circular bench-wall
Taza beige stone — the circular bench-wall — Taza stone, local limestone from the Eastern Rif, encircles the centenary trees to protect and enhance them. Photo · Unsplash
The landmark tree — the centenary Vitex agnus-castus
I have to talk about this tree. In twenty years of landscape practice in Morocco, I had never encountered a Vitex agnus-castus — the chaste tree — of such a size. It is normally a Mediterranean shrub of 3 to 5 metres, cultivated for its fragrant mauve flowering from July to September. The one at Bab Lamer was a tree. A real tree, with a trunk twisted by the decades, ample branching that cast generous shade, and a presence that commanded respect.
When I first saw this tree, I knew two things instantly: first, it would not be moved. Second, the entire garden would have to be built around it.
The Vitex agnus-castus is not merely a botanical curiosity. It is a tree laden with meaning in Mediterranean and Arab culture — the "chaste tree", present for centuries in medieval Arab gardens, prized by beekeepers for its nectariferous quality, with aromatic palmate leaves that release a spiced scent when crushed. To find such a specimen, centenary, in a Moroccan urban context, was something close to providence.
The landscape solution presented itself with clarity: a circular bench-wall in Taza beige stone encircles the Vitex at a respectful distance. This device does three things at once — it protects the roots from any compaction, it offers seating for visitors, and it marks the tree in space as a centrepiece. The tree is thus simultaneously protected, enhanced, and made habitable. Visitors come to sit in the shade of the chaste tree in July for its flowering — a cloud of mauve, fragrant blossoms that transforms the circular bench into an outdoor drawing room.
A centenary tree in a public garden is an infrastructure. You do not plan around it — you submit to it, and seek how to serve it.
The mineral — Taza stone and Merinid motifs
Taza stone is a local limestone quarried in the Eastern Rif, barely 80 kilometres from Fez. Its golden-ochre hue, granular texture, and capacity to patina gracefully through the seasons make it the perfect material for a heritage garden in Fez. We made the radical choice to use a single dominant material for all the built elements — walls, benches, edgings, steps, risers. This material coherence visually unifies a 5-hectare garden that might otherwise have seemed disparate.
The Merinid motifs were transposed into the decorative elements with the care of a goldsmith. The arabesques and geometric interlaces of Fez's Merinid heritage are not superficial quotations — they are a language this place has spoken for seven centuries. We worked with zellige maâlems from the medina of Fez to integrate artisanal tiles in the historic colours of the Bab Lamer garden: cobalt blue, emerald green, nacre white. These motifs appear in the cascade facings, the fountains, the pool copings — wherever stone meets water.
Cascade · Artisanal zellige from Fez
Cascade and zellige — The artisanal tiles from Fez (cobalt blue, emerald green, nacre white) line the facings of the stepped cascades, perpetuating Merinid motifs in a contemporary setting. Photo · Unsplash
The lanterns deserve their own mention. Made by the maâlems of the Fez medina in their copper tinsmithing workshops, they recreate Merinid geometric motifs in worked copper. In the evening, when they light up, they project these same interlaces onto the walls and paths in light — the daytime garden dialogues with history, the nocturnal garden extends it in shadow.
Water — cascades, reflections and music
The Bab Lamer site slopes naturally from the foot of the ramparts towards the city. This topography is a gift — it allows the hydraulic system to be organised by gravity, without a main pump for the cascades themselves. The water falls in successive steps, from one level to the next, with a flow rate calculated to produce a sound of water audible at 15 metres but not intrusive. It is an acoustic as much as a hydraulic calculation: the sound layer of the cascades must cover the urban background noise without dominating a conversation.
The central pools were built in waterproof reinforced concrete, coated with a tuileau mortar (lime + ground brick — the technique of Moroccan hammams since the eleventh century) then dressed with artisanal zellige from Fez. The pool walls are in midnight-blue zellige — a shade close to midnight blue — to maximise the mirror effect in low light. At dusk, when the copper lanterns light up, the surface of the pools becomes an inverted sky that doubles the space.
Water in a public garden is not an ornament — it is a service. It cools, it covers urban noise, it gathers people around it.
The plant — composition by strata
The plant palette of the Bab Lamer garden was defined according to a single principle: 100% adapted to the climate of Fez. Fez is a semi-arid continental city: -2°C in January, 40°C in July, precipitation concentrated over five months. A plant palette that requires intensive summer irrigation in this context is a professional failing.
The garden's canopy rests on the transplanted and conserved date palms (Phoenix dactylifera), plus the centenary Vitex. The shrub layer articulates white oleander (Nerium oleander), bottlebrush (Callistemon citrinus) and pomegranate trees (Punica granatum). The herbaceous layer plays on grasses — Stipa tenacissima (esparto), Pennisetum setaceum 'Rubrum' — and toothed lavender (Lavandula dentata). At ground level, gazania (Gazania rigens), ice plant (Aptenia cordifolia) and local aromatic plants.
This palette is simultaneously aesthetic, ecological and honest. It says something about Fez, about its climate, about what can be grown here without violence.
Copper lanterns · Night
Artisanal copper lanterns — Made by the maâlems of the Fez medina, the worked copper lanterns recreate Merinid geometric motifs and project their interlaces in light onto the garden paths. Photo · Unsplash
Local craftsmanship — a Moroccan site economy
The Bab Lamer garden is as much a territorial project as a landscape project. All craftspeople and suppliers are local: the zellige maâlems of the Fez medina for the pool and fountain facings, the Rif stonemasons for the Taza stone walls and benches, the medina carpenters for the timber pergolas, the copper tinsmiths of the medina for the lanterns. Taza stone comes from Taza — 80 kilometres from Fez, minimal carbon footprint.
This is not an ecological communication stance. It is a conviction: a public garden in the medina of Fez must be crafted by the hands of the medina of Fez. Every element of this garden tells the story of the territory. The zellige speaks Fez. The Taza stone speaks the Rif. The date palms speak the oasis. And the centenary Vitex speaks the long history of this place, long before we laid the first stone.
Eighteen months of construction, 5 hectares, a team of master craftspeople, and a tree that had already seen several generations of Fassis come and go. This garden is not a creation ex nihilo — it is a conversation with what already existed. The best thing we did was knowing how to listen.
Bab Lamer — « la puerta del mar » o « la puerta de las aguas » en árabe — es uno de los portales meriníes del siglo XIV que perforan las murallas de Fez-Bali. A sus pies, en contacto directo con el Parque Meriní, se encontraba un espacio residual: ni verdaderamente jardín, ni verdaderamente explanada. Cuando ADER-FES nos confió la misión de crear un jardín público contemporáneo en este sitio de 5 ha, la pregunta no era estética. Era ante todo arqueológica, ecológica y patrimonial: ¿cómo hacer hablar este lugar sin traicionarlo?
Parque Meriní · Fez-Bali
Parque Meriní de Fez — Las murallas meriníes del siglo XIV constituyen el excepcional marco patrimonial en el que se inscribe el jardín Bab Lamer. Photo · Unsplash
📷 Nuevas fotos del jardín — tomadas en el sitio en junio de 2026 — se integrarán próximamente. Estos visuales de referencia serán reemplazados por fotografías reales del proyecto.
Leer el lugar — cinco estratos, un solo relato
Antes de trazar una sola línea, pasamos varias semanas leyendo el sitio. La topografía primero: un terreno en suave pendiente desde el pie de las murallas hacia la ciudad, atravesado por dos curvas de nivel que dibujan naturalmente terrazas. La orientación solar después: fachada oeste, sombra proyectada por las murallas al final del día, calor almacenado por las piedras. Y luego los árboles — las viejas palmeras datileras, los ejemplares antiguos dispersos por el sitio, cada uno portando en sus raíces una historia que el suelo recuerda.
Esta lectura atenta condujo a una decisión fundadora: el proyecto no sería un jardín superpuesto a un sitio, sino un jardín revelado por ese sitio. Cinco estratos emergieron así naturalmente de este análisis:
El mineral — piedra de Taza beige, caliza local del Rif oriental, elemento unificador del conjunto.
El vegetal — conservación de los árboles existentes + nuevas plantaciones adaptadas al clima semiárido de Fez.
El acuático — cascadas escalonadas, estanques, música del agua como cobertura acústica urbana.
El patrimonio — motivos meriníes transpuestos en los elementos decorativos, zellige artesanal de Fez.
La botánica notable — los árboles centenarios del sitio, incluido un ejemplar excepcional que se convertiría en la pieza central del jardín.
No destruir nada que pueda integrarse. No importar nada que pueda ser local. Estas dos reglas guiaron cada decisión en la obra.
La protección y puesta en valor de los árboles existentes
El principio es absoluto en el paisajismo serio: los árboles ancianos no se trasladan, se protegen y se ponen en valor. El plan de masa del jardín se construyó por tanto alrededor de los árboles, no al revés. Cada ejemplar existente fue cartografiado, medido, evaluado. Las vallas de protección de obra se colocaron antes de que llegara la primera excavadora.
Las palmeras datileras (Phoenix dactylifera) merecen una mención especial. Algunas fueron trasplantadas con cuidado — no por capricho, sino para abrir perspectivas sobre las murallas y crear composiciones legibles desde los caminos. Trasplantar una palmera adulta es una operación larga: seis meses de preparación, poda de la corona para reducir la evapotranspiración, corte del cepellón con hidrolavadora de alta presión para exponer las raíces limpiamente, replantación con geotextil de protección, y luego dos años de riego semanal supervisado. No se trasplanta una palmera en un día — se acompaña un árbol a través de un desplazamiento que dura dos años.
Piedra de Taza · Murete-banco circular
Piedra de Taza beige — el murete-banco circular — La piedra de Taza, caliza local del Rif oriental, rodea los árboles centenarios para protegerlos y realzarlos. Photo · Unsplash
El árbol emblemático — el Vitex agnus-castus centenario
Debo hablar de este árbol. En veinte años de práctica paisajística en Marruecos, nunca había encontrado un Vitex agnus-castus — el sauzgatillo — de tal tamaño. Normalmente es un arbusto mediterráneo de 3 a 5 metros, cultivado por su fragante floración malva de julio a septiembre. El de Bab Lamer era un árbol. Un árbol de verdad, con un tronco retorcido por las décadas, una copa amplia que proyectaba una sombra generosa, y una presencia que imponía respeto.
Cuando vi este árbol por primera vez, supe dos cosas al instante: primero, no se movería. Segundo, todo el jardín debería construirse a su alrededor.
El Vitex agnus-castus no es simplemente una curiosidad botánica. Es un árbol cargado de significado en la cultura mediterránea y árabe — el « árbol de la castidad », presente desde hace siglos en los jardines árabes medievales, apreciado por los apicultores por su carácter melífero, con hojas palmadas aromáticas que desprenden un aroma especiado al frotarlas. Encontrar tal ejemplar, centenario, en un contexto urbano marroquí, rozaba la providencia.
La solución paisajística se impuso con claridad: un murete-banco circular de piedra de Taza beige rodea el Vitex a distancia respetuosa. Este dispositivo hace tres cosas a la vez — protege las raíces de toda compactación, ofrece asientos a los visitantes, y señala el árbol en el espacio como pieza central. El árbol queda así simultáneamente protegido, realzado y habitable. Los paseantes vienen a sentarse a la sombra del sauzgatillo en julio para su floración — una nube de flores malva y perfumadas que transforma el banco circular en salón exterior.
Un árbol centenario en un jardín público es una infraestructura. No se planifica a su alrededor — uno se somete a él, y busca cómo servirle.
El mineral — Piedra de Taza y motivos meriníes
La piedra de Taza es una caliza local extraída en el Rif oriental, a apenas 80 kilómetros de Fez. Su tono ocre-dorado, su textura granulosa, su capacidad de desarrollar pátinas con gracia a lo largo de las estaciones la convierten en el material perfecto para un jardín patrimonial en Fez. Tomamos la decisión radical de usar un único material dominante para todas las obras construidas — muretes, bancos, bordillos, escaleras, peldaños. Esta coherencia material unifica visualmente un jardín de 5 ha que podría haber parecido disperso.
Los motivos meriníes fueron transpuestos en los elementos decorativos con el cuidado de un orfebre. Las arabesques y entrelaces geométricos del patrimonio meriní de Fez no son citas superficiales — son un idioma que este lugar habla desde hace siete siglos. Trabajamos con maâlems zelliges de la medina de Fez para integrar azulejos artesanales en los colores históricos del jardín de Bab Lamer: azul cobalto, verde esmeralda, blanco nácar. Estos motivos aparecen en los paramentos de las cascadas, las fuentes, las copas de los estanques — dondequiera que la piedra se encuentra con el agua.
Cascada · Zellige artesanal de Fez
Cascada y zellige — Los azulejos artesanales de Fez (azul cobalto, verde esmeralda, blanco nácar) revisten los paramentos de las cascadas escalonadas, perpetuando los motivos meriníes en un marco contemporáneo. Photo · Unsplash
Las linternas merecen también su mención. Fabricadas por los maâlems de la medina de Fez en sus talleres de hojalatería-cobre, recrean motivos geométricos meriníes en cobre trabajado. Por la noche, cuando se encienden, proyectan esos mismos entrelaces sobre los muros y las alamedas en luz — el jardín diurno dialoga con la historia, el jardín nocturno la prolonga en sombra.
El agua — cascadas, reflejos y música
El terreno de Bab Lamer desciende naturalmente desde el pie de las murallas hacia la ciudad. Esta topografía es un don — permite organizar el sistema hidráulico por gravedad, sin bomba principal para las cascadas en sí. El agua cae en escalones sucesivos, de un nivel al siguiente, con un caudal calculado para producir un sonido de agua audible a 15 metros pero no invasivo. Es un cálculo acústico tanto como hidráulico: el manto sonoro de las cascadas debe cubrir el ruido de fondo urbano sin dominar una conversación.
Los estanques centrales se construyeron en hormigón armado hidrófugo, revestidos con mortero de teja (cal + polvo de ladrillo — la técnica de los hammams marroquíes desde el siglo XI) y luego vestidos con zellige artesanal de Fez. Las paredes de los estanques son de zellige azul noche — un tono cercano al azul medianoche — para maximizar el efecto espejo con poca luz. Al crepúsculo, cuando las linternas de cobre se encienden, la superficie de los estanques se convierte en un cielo invertido que duplica el espacio.
El agua en un jardín público no es un adorno — es un servicio. Refresca, cubre el ruido urbano, reúne a la gente a su alrededor.
El vegetal — composición por estratos
La paleta vegetal del jardín Bab Lamer se definió según un único principio: 100% adaptada al clima de Fez. Fez es una ciudad continental semiárida: -2°C en enero, 40°C en julio, precipitaciones concentradas en cinco meses. Una paleta vegetal que exige riegos intensivos en verano en este contexto es un error profesional.
El dosel del jardín descansa sobre las palmeras datileras (Phoenix dactylifera) trasplantadas y conservadas in situ, más el Vitex centenario. El estrato arbustivo articula adelfa blanca (Nerium oleander), limpiatubos (Callistemon citrinus) y granados (Punica granatum). El estrato herbáceo juega con las gramíneas — Stipa tenacissima (esparto), Pennisetum setaceum 'Rubrum' — y la lavanda dentada (Lavandula dentata). En el suelo, gazania (Gazania rigens), rocío de sol (Aptenia cordifolia) y plantas aromáticas locales.
Esta paleta es a la vez estética, ecológica y honesta. Dice algo sobre Fez, sobre su clima, sobre lo que puede cultivarse aquí sin violencia.
Linternas cobre · Noche
Linternas artesanales de cobre — Fabricadas por los maâlems de la medina de Fez, las linternas de cobre trabajado recrean motivos geométricos meriníes y proyectan sus entrelaces en luz sobre las alamedas del jardín. Photo · Unsplash
Artesanía local — una economía de obra marroquí
El jardín Bab Lamer es tanto un proyecto territorial como un proyecto paisajístico. Todos los artesanos y proveedores son locales: los maâlems zelliges de la medina de Fez para los revestimientos de estanques y fuentes, los canteros del Rif para los muretes y bancos de piedra de Taza, los carpinteros de la medina para las pérgolas de madera, los hojalateros-cobreros de la medina para las linternas. La piedra de Taza viene de Taza — 80 kilómetros de Fez, huella de carbono mínima.
Esta no es una postura ecológica de comunicación. Es una convicción: un jardín público en la medina de Fez debe ser fabricado por las manos de la medina de Fez. Cada elemento de este jardín cuenta la historia del territorio. El zellige habla de Fez. La piedra de Taza habla del Rif. Las palmeras datileras hablan del oasis. Y el Vitex centenario habla de la larga historia de este lugar, mucho antes de que colocáramos la primera piedra.
Dieciocho meses de obra, 5 hectáreas, un equipo de maestros artesanos, y un árbol que ya había visto pasar varias generaciones de fassis. Este jardín no es una creación ex nihilo — es una conversación con lo que ya existía. Lo mejor que hicimos fue saber escuchar.
AB
Adil Boumahdi
Architecte paysagiste & agronome · ABA
Landscape architect & agronomist · ABA
Arquitecto paisajista y agrónomo · ABA
Rabat · Casablanca · Marrakech · Fès
Votre projet mérite un jardin qui écoute le lieu.
Nous lisons le site avant de dessiner. Patrimoine, topographie, arbres existants — rien n'est ignoré.
Your project deserves a garden that listens to its place.
We read the site before drawing. Heritage, topography, existing trees — nothing is overlooked.
Su proyecto merece un jardín que escucha el lugar.
Leemos el sitio antes de dibujar. Patrimonio, topografía, árboles existentes — nada se ignora.